Apprendre a lire a l’etranger

Publié: 06/06/2010 dans Les deroutes de l'Ecole

« Passions et terrorismes intellectuels »…autour de l’apprentissage des langues

Cette expression est de Jean Duverger, responsable de la formation d’enseignants dans les ecoles francaises a l’etranger.

Depuis quelques temps, je me stresse pose bp de questions sur l’apprentissage de la lecture pour Eliott qui va plonger en bain anglais a l’ecole en septembre. Dois-je « continuer » de lui apprendre, naturellement, a lire en francais a la maison ? Dois-je tout arreter de peur qu’il ne s’emmele avec l’apprentissage de la lecture en anglais ?

D’abord mettons les choses au clair : non, Eliott n’a pas encore 6 ans, mais pourtant nous sommes deja entre dans le processus -naturel- de l’apprentissage lecture/ecriture a la maison. Suite a la lecture et au decorticage de ses 2 livres :

Celui de Francoise Boulanger est extremement simple, tres abordable, plein d’idees pratiques. Celui de Marlene Martin est extremement interessant si on veut rentrer dans le detail… Connaitre l’histoire des methodes, l’analyse de l’apprentissage par le cerveau, bref il a une tres grosse partie theorique qui peut faire un peu peur au premier abord. Pour une approche simple et sans prise de tete, je conseillerais plutot « Lire a 3 ans, c’est tout naturel ». Pour ceux qui veulent aller + loin, « Apprendre a lire en famille ».

Et parce qu’Eliott est en pleine demande ! Qu’il lit les lettres sur les panneaux, les etiquettes, les portes… qu’il passe une bonne partie de son temps dans les livres, il adore ecrire et inventer des mots et noms de personnages et nous demande de les lui lire, bref, qu’il est dans un processus particulierement naturel, et que je serais bien bete de lui dire « Ah non Eliott, arrete, tu n’as pas 6 ans, tu attendras le CP pour apprendre a lire ! »

Depuis quelques semaines, je recherche donc avidemment sur internet des reponses a mes questions… Je ne trouve RIEN ! Sur les sites d’expat, d’enfants bilingues… RIEN. Sur un enfant francais, qui apprendrait a lire dans une ecole anglaise… Meme pas un temoignage. C’est desolant.

Jusqu’a ce que je tombe sur 2 articles de Jean Duverger !

« Lire, apprendre, ecrire en 2 langues » colle a notre situation et repond a mes questions :

« On apprend mieux a lire avec 2 langues »Ca commence bien pour moi… (ou pour Eliott en l’occurence).

On est loin aussi, finalement, des croyances et représentations actuelles d’une immense majorité des enseignants et parents d’élèves français qui continuent à penser que pour apprendre à lire « correctement », il ne faut utiliser qu’une seule langue, faute de quoi on expose l’enfant à des troubles neurologiques, des confusions mentales, des dyslexies en tous genres, ou au moins des retards dus aux « mélanges » de langues…

Mais alors pourquoi autant de resistances ? Oui, POURQUOI ?

En préalable,il est sans doute nécessaire de pointer une grande confusion autour du mot langue ; dans un pays donné, en France par exemple, il existe une langue officielle appelée le français ; cette langue française se décline en une langue orale française,une langue écrite française,mais aussi,ne l’oublions pas, une langue des signes française (LSF),ces trois langues étant des produits culturels français, très liées à la manière de découper le réel, de penser, de vivre dans le pays, avec toutes les variantes que l’on sait (…)

Pour le citoyen d’un pays comme la France, la langue est vécue comme un facteur d’identité nationale, elle apparaît indivisible, elle est une unité (les nationalismes, chauvinis- mes et autres concepts tels que la beauté de la langue natio- nale, voire son universalité ne sont pas ici innocents)

Jean Duverger denonce et critique le fait qu’on soit oblige de « passer » par l’oral pour aborder l’ecrit, et qu’il faut donc « « isoler » le code oral à traduire, l’épurer, l’éloigner des autres langues éventuellement présentes afin d’arriver rapidement (vers Noël si possible) à générer des petits élèves capables de transcrire, d’oraliser quelques « petites » phrases écrites, qu’elles soient porteuses de sens ou non… »

Ensuite il casse encore un peu : « on est encore très près de l’élitisme des dominants, de la rhétorique de la noblesse et son dernier avatar, le parisianisme pédant politico-journalistique. »

Allez, une petite derniere pour la route : « l’insuffisante analyse relative au statut de l’écrit due aux représentations archaïques de la notion de langue, les idéolo- gies nationalistes, l’obscurantisme religieux, le parisianisme universitaire et journalistique, les appétits commerciaux des éditeurs aboutissent à des pratiques scolaires alphabétisan- tes qui arrangent bien la plupart des enseignants… Tout le monde est content, tout le monde s’y retrouve. »

Malheureusement, l’illettrisme ne diminue pas dans notre pays, en dépit des surdoses des méthodologies alphabétiques préconisées par les gouvernants actuels ; les bons résultats ne sont pas au rendez vous… ça ne marche pas ; une proportion considérable (à quoi bon s’étriper sur les pourcentages) ne parvient pas à lire, c’est à dire à faire du sens avec de l’écrit… on obtient des déchiffreurs, des alphabétisés, dont une grande partie restera illettrée.

Il semblerait qu’a force de se battre avec de pures notions d’adultes, des luttes de pouvoir, des bagarres ideologiques comme des gamins a la recre, qui veulent tjs avoir raison, on oublie de voir le quotidien de milliers de familles bilingues, trilingues, et on oublie surtout de faire confiance a l’intelligence et a la grande malleabilite des enfants …! A leur « conscience graphique » dont parle Jean Duverger…

On SAIT que les langues s’apprennent bien + facilement avant 6/7 ans, alors pourquoi continue-t-on a ne pas proposer de reels cours de langues avant le college ???

Le developpement de la « conscience graphique » :

Dès le départ, l’enfant se rend compte que l’on peut dire les mêmes choses avec deux écrits différents. Mais il voit bien que ces écrits sont fondamentalement deux codes de même nature ; il observe des différences certes dans les formes, les courbes, les « dessins », les signes, mais beaucoup de ressemblances aussi, un ensemble de caractères communs, au niveau de l’utilisation de l’espace, des ponctuations, des accents (…)

La preuve en images : Eliott et sa passion des kanjis… Il aime « ecrire » l’arabe aussi. Il a tout de suite repere les formes recurrentes, les « dessins ». Et meme quand il « invente », on reconnait le style d’un kanji ou de la calligraphie arabe !

Avec son pere, en regardant le generique de fin de Kung Fu Panda : il a recopie les mots anglais (‘effects », « editorial », « layout », « animation », « facing », « modeling », « lighting » et les kanjis (ne comptez pas sur moi pour traduire, mais ce sont les noms des doubleurs)

(en rouge : Eliott, en bleu : Mr Doudou) -belle tortue, Mr Doudou-

Il y a là pour l’écrit un changement fondamental de statut, qui le déconnecte, qui l’arrache à son état de dépendance vis à vis de cet autre code, l’oral, avec lequel il a vraiment peu de points communs; il est important que tout ceci soit perçu très tôt par l’enfant, intériorisé, et un moyen efficace pour y parvenir est de répéter le plus souvent possible ce dispositif du « même texte écrit en deux langues ».

On est dans la mise en place d’une véritable « éducation linguistique » (…) qui va permettre d’aborder l’apprentissage d’autres langues étrangères à partir de précieuses compétences métalinguistiques progressivement construites.

Est il besoin de dire que ces activités sont ludiques pour les enfants ?

Mais, nous dira-t-on, n’y a-t-il pas des risques de confusion, de mélanges ? Bien sûr que des interférences existent et apparaissent, mais ces erreurs d’écriture sont normales, ordinaires, pas plus fréquentes d ‘ailleurs qu’en système monolingue,mais ce ne sont pas les mêmes ; (…) bien traitées, elles sont même infiniment utiles pour affiner la connaissance du fonctionnement de la langue; on est là dans la pédagogie ordinaire du traitement de l’erreur.

Je sais que c’est un peu long, mais je vous invite neanmoins a lire cet article tres interessant, bien qu’un peu obscur par moment je l’avoue ! On y trouve tout de meme de tres bonnes choses

Je reviendrai sur l’autre article de Jean Duverger, et je reviendrai surtout sur l’evolution d’Eliott au milieu  de ses petits copains « Montessoriens » anglais, en 2010/2011 !

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